Note générale :
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Le soir venu, deux hommes parlent. Ils parlent de littérature d'abord, et aussi de politique et de morale. Le premier a connu plusieurs vies : il a été directeur du Figaro, il est journaliste, il est surtout romancier. Il met la littérature au-dessus de tout. Le second croit encore qu'on peut mener de front plusieurs existences, écrire et agir à la fois. Ils se sont rencontrés par hasard. Ils ont trouvé beaucoup de choses à se dire. Interroger un écrivain, c'est aller au-delà des livres qu'il a fait et qui se suffisent à eux-mêmes. Interroger Jean d'Ormesson, c'est laisser de côté le succès d'Au plaisir de Dieu, de La gloire de l'Empire, ou de la biographie sentimentale de Chateaubriand, et lui demander, sans complaisance, ce qu'il a fait de sa vie. Quel profit il a retiré d'être né au centre du monde, d'avoir été mêlé à quelques affaires de son époque qui n'étaient pas négligeables, d'avoir connu Malraux, Aron, Caillois, Lazareff, Pompidou, Agnelli, bien d'autres encore. Pour savoir un peu mieux, à la fin du siècle, ce qu'est un écrivain français. Les masques retirés, on découvre ici un visage inhabituel. Celui d'un homme qui s'accommode simplement des incertitudes terrestres, d'un homme qui se retient devant l'emphase, sinon devant l'émotion. D'un homme qui se consacre désormais aux quelques livres qu'il lui reste à écrire
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