Note générale :
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Il sont trois à raconter "la nui de l'Abomination" - nuit mi-fictive, mi-réelle- lors de laquelle l'histoire récente d'Haïti revêt des allures d'apocalypse. C'est la vieillisante tenancière d'un bordel qui la première prend la parole : Veéhémente, ironique, désespérée, elle mêle à sa chronique imprécations et prophéties, dénonçant la corruption, citant les noms des acteurs et des victimes de la boucherie permanente dont l'île est depuis trop longtemps le théâtre. A la fois mémoire et oracle, elle tient le registre et l'état civil de la catastrophe. Avec Rue des Pas-Perdus, Lyonel Trouillot a, dit-il écrit un livre "d'humeur". S'élevant contre la lutte sans merci que se livrent ses derniers représentants de la dictature et les tenants de'un nouveau populisme rivalisant pour exploiter à leur seul profit la "rage" des laissés-pour-compte, l'écrivain donne à entendre, à voir, à ressentir -rt à comprendre- ce qu'il en est d'un pays laminé par l'irresponsabilité criminelle de ceux qui reconduisent san trêve la logique de la violence. Généreuse, libre et sûr, dotée d'un souffle impressionnant, la langue de Lyonel Trouillot ébranle, surprend et boulverse dans sa manière saisissante de subsister à une information prédatrice un lyrisme radical seul à même de rendre justice à l'infini de la souffrance
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